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Possibles Éditions : Un premier livre sur l’histoire du graffiti à Montréal

BLOG, Event, Interviews, Not all about me, publication 24/11/2015

Voilà une annonce que j’attendais de faire depuis longtemps : Le 27 novembre prochain à la galerie Station 16, sera lancé La Jenkins, récits de graffitis dans le Sud-Ouest de Montréal, le livre de Vincent Tourigny (mon copain), aujourd’hui designer, illustrateur et ex-graffiteur .  

La publication s’articule atour de Jenkins, une ancienne fonderie située à Lachine et abandonnée pendant plus de 10 ans. Avant d’être démolie en 2004, l’usine deviendra après sa fermeture un immense terrain de jeux pour les graffiteurs. Marqué profondément par celle-ci, Vincent récolte depuis plusieurs années de nombreuses photos et témoignages de ce lieu maintenant disparu. Ses recherches pour documenter ce pan marquant de sa propre histoire se concrétisent maintenant dans les 208 pages de son livre.

Ce livre, sur lequel j’ai moi-même travaillé très fort, est une collaboration unique entre Possibles Éditions (PE) et Vincent. PE est une jeune perle dans le milieu éditorial québécois qui s’efforce d’encourager  les initiatives inventives et expérimentales d’ici. Afin de mettre de l’avant ceux et celles qui ont concrétisé le projet, j’ai posé quelques questions au collectif. Les membres nous parlent de ce qui a capté leur intérêt dès le début, les découvertes qu’ils ont faites en cours de route et leur vision du livre en tant qu’objet/artéfact. 

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Qu’est-ce qui a  intéressé Possibles Editions dans le projet que Vincent vous présentait?

PE : Au tout début, quelque chose nous attirait dans le projet sans qu’on puisse nommer quoi exactement. Le tout s’est clarifié et a éclos au fil du processus d’édition.  

Dans un premier temps, on pourrait mentionner que notre intérêt tournait surtout autour de l’idée de faire un livre illustré, fortement influencé par une sous-culture artistique propre, dont nous ne connaissions rien et qui nous a donné l’occasion d’approfondir. Cette sous-culture porte en elle une franchise et une authenticité, dans son langage, dans sa vision du monde et son mode de vie… que nous avons trouvé à la fois riche et assez facilement abordable pour en permettre la découverte de manière satisfaisante dans le cadre d’un livre.  

Suivant un fil important de notre vision éditoriale, il s’agissait pour nous de contribuer à rendre visible et accessible pour un plus grand public une activité méconnue et souvent méprisée. On voulais appuyer la démarche de Vincent pour montrer à l’oeuvre l’intelligence et le talent des acteurs du monde du graff. Cela dans le but aussi de permettre aux lecteurs de se forger un autre regard sur leur propre ville… de sillonner les rues de leur quartier et de voir autrement ces marques colorées qui peuplent le paysage urbain. Voir que ces graffitis, bien loin d’être n’importe quoi, sont le fruit d’un désir de reconnaissance et d’expression de la part de leur auteur-e-s. Ces graffiti sont un mode d’expression spécifique à une époque et à une sensibilité de générations qui se succèdent depuis les années 90. On y sent un puissant désir de création, de maîtrise d’un art, de surpassement de soi et de socialisation. Sans chercher à louanger naïvement le graffiti, nous avons probablement décidé de publier ce livre pour dépasser l’indifférence et l’ignorance ambiante envers cette pratique… qui est d’abord quelque chose qu’on a vécu nous-mêmes! La lecture de ce manuscrit a été pour nous une découverte sur une facette de notre environnement toujours présente, mais à la fois inconnue et comme invisibilisée. On peut circuler dans la ville et ne jamais vraiment voir les graffitis alors qu’ils sont pourtant omniprésents. Puis, il faut mentionner qu’il y avait aussi le fait qu’il existe à ce jour très peu de livres sur la pratique du graffiti à Montréal et cela, malgré leur forte présence dans l’environnement urbain.  

Nous apprécions aussi le fait qu’il s’agisse d’un livre d’art urbain construit autour d’un contenu d’archives, sans pour autant être un livre de nature académique : ça reste real. La richesse sociologique du travail de recherche et de documentation n’est pas mise au premier plan, mais se retrouve, pour qui prête l’oeil et l’oreille, dans toutes les entrevues. La toile de fond du livre est vraiment bien choisie et elle a beaucoup interpellé notre imaginaire : passé industriel, vastes architectures, histoire du canal Lachine, crise économique et désindustrialisation. C’est particulièrement stimulant de découvrir le graff dans ce contexte et d’en voir la résonance avec tous les enjeux sociaux de l’époque.  

Qu’avez-vous appris en faisant ce livre (Sur Montréal, sur la culture graff)?

PE : Tout! Au fil du travail d’édition nous nous sommes même mis à parler entre nous en utilisant les termes du graff game ! Voir le lexique du livre !

Au fil du travail nous avons également été stimulé-e-s par le défi d’édition que représentait la mise en forme de cette masse d’information (sous forme d’entrevues) colligée, et du travail à accomplir pour le rendre accessible à un lectorat un peu moins connaisseur de la scène du graffiti. Nous avons trouvé des veines de sens principales très fortes. De manière implicite c’est toute une “philosophie” du graffiti (une éthique ou un mindset) que nous avons découvert. Les principes de ce mindset du graff  traversent tout le livre. Nous avons également découvert une réflexion riche sur l’impact de l’arrivée d’internet. Tout cela encore une fois est disséminé en filigrane à travers les entrevues.   

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Un aspect de la culture graff que vous auriez aimé creuser d’avantage?

PE : Il va sans dire que nous aurions souhaité mieux approfondir la perspective féministe dans notre approche, et au premier plan, la présence/absence des femmes au sein de cette scène.  

Aussi, toute la question des relations interpersonnelles et des façons qu’ont les graffeurs de se lier entre eux nous échappent encore assez aujourd’hui. Cela demanderait une recherche sociologique en bonne et due forme.

Enfin, un élément qui nous a surpris mais dont on n’a pas pu explorer toutes les potentialités est la dimension artistique au sein du graff : la réflexion sur le geste artistique posé dans la création, et la complexité de la recherche dans la démarche artistique dans le graff.  

Enfin on reste peut-être un peu intrigué, après cette plongée dans la Jenkins et dans la scene graff, sur les autres lieux où se déployait la scene à Montréal : d’autres usines et d’autres murs, dont le vibe était peut être différent?  

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Les procédés d’impression que vous utilisez sont souvent laborieux ou plus rares ( reliure cousue, sérigraphie, Offset, riso ). La facture visuelle des publications chez Possibles Editions est toujours très soignée, étudiée. Pourquoi?

PE : Pour nous, la réflexion sur l’objet-livre ou le livre-artéfact s’impose : le livre est une entité matérielle à réaliser, et l’édition prépare la mise au monde d’un objet porteur de sens. C’est dans la cohérence entre le propos porté et la forme qui le porte qu’existe pour nous l’envie de faire des livres – ce qui nous pousse à soigner autant le fond que la forme.  

Cela permet également de s’échapper d’un rapport purement intellectuel au livre : nous tachons de nous en approprier la matérialité, l’objectivité, en le faisant – littéralement.  

La maison d’édition est aussi un espace de fabrique : il s’agit d’un laboratoire, d’un espace d’exploration et d’apprentissage par le livre dans toute sa complexité – d’une part celle du propos, et d’autre part celle du défi technique de sa production.  

C’est aussi que nous cherchons à revoir la division du travail à l’intérieur de la chaîne de production d’un livre. L’industrie du livre est très problématique aujourd’hui. De par la manière dont elle est structurée, cette industrie favorise la quantité et non la qualité ou la pertinence. Pour nous le livre est un artefact qui offre une expérience au monde précise. Cette expérience doit pouvoir trouver autre chose que des livres jetables. Puis il ne s’agit pas pour autant de fétichiser ce médium. Le livre comme interface est pour nous un problème avec lequel on entre en dialogue par le fait de faire. C’est une interface qui nous offre également l’occasion de faire vivre des moments d’idéation, de création et de production qui ressemblent beaucoup à des laboratoires de liens sociaux.   

Nos procédés d’impression ne sont en fait pas particulièrement laborieux, ce qui est laborieux c’est le fait de faire les livres nous-mêmes avec soin au lieu d’envoyer un pdf en un clic chez l’imprimeur! Ce qui demande temps et énergie c’est le fait de se réapproprier et de partager les savoirs et savoirs-faire du monde du livre à une échelle différente de celle du grand tout automatisé.  

Nous détournons les machines industrielles que nous avons avec passion pour tenter d’en faire autre chose que des sources de dépossession et d’aliénation.   

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En quoi La Jenkins se rapproche et/ou s’éloigne de vos précédentes publications?

PE: Tous nos projets se distinguent dans les propos qu’ils tiennent.  

Nous explorons sans cesse de nouvelles contrées et n’envisageons pas pour l’instant de devenir des spécialistes de tel ou tel genre littéraire. Ce qui nous tient au ventre c’est l’idée que les livres peuvent résonner dans l’imaginaire social, le fait qu’ils peuvent permettre de voir et de sentir autrement le monde souvent trop rigidifié qui nous entoure.  

Notre vision éditoriale, en tant que collectif, s’appuie entre autres sur l’exploration de la force de la facture du livre-artéfact. Le fait d’avoir plein accès aux divers machines et outils de production nous permet d’envisager chaque nouveau projet avec une grande liberté. Notre plus grande contrainte est d’endiguer cette liberté.

Ainsi, toujours la réflexion sur la cohérence entre forme et fond domine. Aussi, nous aimons prendre des risques, mener des projets impossibles, imaginer autrement  : dans les formes, dans le contenu – donner à lire une parole et des vérités qui ne trouvent pas leur place ailleurs.  

Dans tous les cas, la Jenkins est un pur bijou ! Ce livre est une fête dont les échos vibreront en nous encore longtemps.  

Procurez-vous une copie du livre lors du Souk@Sat 
Ou lors du lancement :

Vendredi le 27 novembre / 17h à 20h
Station 16 / 3523 Boulevard Saint-Laurent, Montréal
www.possibleseditions.com

 

Un livre de poésie grâce à l’intelligence artificielle / Poetry book created by artificial intelligence

Art, BLOG, Not all about me, publication 29/09/2015

Qu’arrive t’il lorsqu’on tente de décrire des peintures abstraites dites iconiques à l’aide d’algorithmes avancés de reconnaissance d’images? Les designers François Girard Meunier et Emmanuel Marceau explorent cette question dans leur récente publication Deep Learning describes Abstract Paintings. Il en résulte un ouvrage d’une étrange poésie…

What happens when you try to describe iconic abstract paintings by using algorithms designed for precise image recognition ? Designers François Girard Meunier and Emmanuel Marceau explored this issue in their recent publication ‘Deep Learning Describes Abstract Paintings’. The result is a book from which emanates a strange poetry …

2015, by François Girard-Meunier and Emmanuel Marceau

Learning describes Abstract Paintings by François Girard-Meunier and Emmanuel Marceau , 2015

Les algorithmes de type Deep Learning utilisés pour générer les descriptions du livre tentent de répliquer le processus d’apprentissage humain. Ils sont généralement précis pour décrire des images figuratives et peuvent générer des phrases comportant un niveau de syntaxe avancé. Pour une image abstraite, il en est tout autre.

Deep Learning algorithms were used to generate descriptions in the book. Those algorithms attempt to replicate the human learning process. It is generally accurate to describe figurative images and it can generate sentences with an advanced level of syntax. For an abstract image, it is quite different.

Learning describes Abstract Paintings by François Girard-Meunier and Emmanuel Marceau , 2015

Piet Mondrian, composition with yellow (1930) in Learning describes Abstract Paintings by François Girard-Meunier and Emmanuel Marceau , 2015

« Pour ce projet, notre intérêt résidait principalement entre les différences de perception et de langage entre une conception généralement admise de ce qu’est une peinture abstraite (une œuvre d’art non figurative qui veut résister à l’interprétation – une œuvre d’art ayant une aura et un contexte qui la transcende) et un mode d’interprétation qui se veut générique, objectif, et absolu »

” For this project, we were interested by perception and language differences between a generally accepted conception of what is an abstract painting ( a work of non-figurative art that wants to resist to interpretation – a work of art with an aura and a context that transcends it) and an  interpretation which is generic, objective and absolute “

Learning describes Abstract Paintings by François Girard-Meunier and Emmanuel Marceau , 2015

Learning describes Abstract Paintings by François Girard-Meunier and Emmanuel Marceau , 2015

Learning describes Abstract Paintings a été imprimé à Montréal en tirage limité. Le livre a récemment été présenté dans le cadre de NY Art Book Fair le 18 & 20 septembre. Pour plus d’infos, il est possible contacter les auteurs.

‘Learning describes Abstract Paintings’ was printed in limited edition in Montréal. The book was recently presented as part of  the NY Art Book Fair on September 18 & 20. For more info, you can contact the authors.

www.francoisgm.com
www.salutmanu.com